Soft Power Peace… and much more

Auteur: Paola Ceresetti

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H.E. Stefano Toscano, Director of the Geneva International Centre for Humanitarian Demining (GICHD); H.E. Thomas Guerber, Director of the Geneva Centre for the Democratic Control of Armed Forces (DCAF); H.E. Christian Dussey, Director of the Geneva Centre for Security Policy (GCSP); Maison de la paix, Geneva, 23 October 2017 – Photo by Antoine Tardy.

Geneva Centre for Security Policy (GCSP)

Geneva International Centre for Humanitarian Deming (GICHD)

Geneva Centre for the Democratic Control of Armed Forces (DCAF)

Fer de lance de l’engagement suisse dans le domaine Paix et Sécurité, les trois centres qui opèrent depuis la Maison de la Paix exportent les valeurs de la Genève internationale dans le monde.

La paix est partie intégrante du brand Switzerland. Les bons offices, la médiation, les facilitations aux négociations en sont la facette la plus connue. C’est d’ailleurs dans le sillage de cette politique que naît le premier des trois centres de Genève, le Centre pour la Politique de Sécurité (GCSP).

« Le sommet Reagan-Gorbatchev de 1985, à Genève, marque le début d’une époque de détente entre les grandes puissances où la Suisse voyait une magnifique opportunité pour sa politique extérieure et de sécurité» raconte Christian Dussey, directeur du GCSP. «Mais à l’époque, la Confédération était confrontée à un manque d’expertise spécifique dans le corps diplomatique et chez les militaires, en particulier dans les domaines du désarmement et du contrôle des armements. Pour cette raison, des cours accélérés ont été organisés à Genève ».

Trois ans après, ces formations ont été ouvertes aux représentants d’autres pays. Aujourd’hui, le GCSP offre plus de 80 cours, avec environ 1’100 participants par an. Mais ce n’est pas tout. « À Genève, il y a deux colliders : celui du CERN pour les particules et le nôtre », ajoute avec un sourire Dussey. En effet, au GCSP, les acteurs internationaux les plus divers – représentants de gouvernements, militaires, activistes d’ONG, journalistes, entrepreneurs- se rencontrent, discutent, travaillent ensemble. « Chez nous, les ONG discutent avec les producteurs d’armes, les représentants de pays ennemis sont assis l’un à côté de l’autre », fait remarquer le directeur du centre, qui souligne : « Dans ce monde complexe et incertain, il faut de la créativité, du courage et un leadership innovateur, agile et capable d’anticiper ».

Capitaliser sur la diversité permet d’acquérir le know-how intersectoriel nécessaire aujourd’hui et de nourrir le réseautage. Les 6’000 Alumni du GCSP comptent plusieurs personnalités haut-placées du monde entier : ministres des affaires étrangères et de la défense, haut-gradés de grandes puissances, opinion makers, qui se révèlent aussi être, après leur passage à Genève, des contacts privilégiés pour la diplomatie suisse.

« Nous incarnons les valeurs de la politique étrangère suisse, nous contribuons à son excellente réputation, mais nous en sommes pas un instrument direct » fait remarquer Thomas Gürber, qui dirige le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF). «Il est impératif que nous soyons perçus comme impartial pour être efficace», souligne l’ambassadeur, qui dirige 175 collaborateurs actifs dans plus de 70 Etats, avec les profils les plus divers : pays fragiles ou touchés par un conflit, ou encore engagés dans un processus de paix, en transition démocratique où pays à revenu intermédiaire qui améliorent leurs services de sécurité et de justice et qui s’engagent dans la prévention.

L’objectif est de consolider la gouvernance dans le domaine de la sécurité. Pour y parvenir, le DCAF travaille avec un large éventail d’acteurs, tels que les forces armées, la police, l’administration carcérale, le pouvoir judiciaire, les ministères de la défense, des affaires étrangères, les parlements ou les ONG appelées à exercer le contrôle démocratique. De plus, il contribue à répondre aux défis contemporains comme ceux liés à la cyber-sécurité ou aux entreprises de sécurité privée.

DCAF est aujourd’hui une organisation véritablement mondiale avec 62 pays (plus le canton de Genève) qui siègent dans son conseil de fondation.  Il opère en collaboration avec l’ONU, l’Union Européenne, l’Union Africaine, l’OSCE, la Banque Mondiale et d’autres organisations interétatiques pour améliorer les chances de réussite des projets.

«Chez nous, l’équipe est vraiment motivée et s’identifie à sa mission car nos résultats sont tangibles », affirme le directeur, à la tête du DCAF depuis un an, après une carrière au DFAE consacrée principalement aux relations multilatérales. « Presque tout est possible, quand on arrive à mobiliser la capacité intellectuelle et de persuasion », conclue Gürber, qui souligne la force créatrice du multilatéral.

Créatifs et innovateurs sont aussi les 65 collaborateurs du Centre pour le déminage humanitaire (GICHD), fondé en 1998 et dirigé par Stefano Toscano depuis 3 ans. Leur tâche : assurer un déminage efficace et efficient grâce à un know-how de pointe qui permet, par exemple, de délimiter les zones contaminées de manière beaucoup plus exacte. Le déminage devient ainsi plus rapide et nettement moins couteux. « Il ne s’agit pas simplement de nettoyer des terres infestées d’explosifs, il s’agit surtout de construire un futur durable » lance Toscano pour souligner l’ampleur de l’impact du GICHD sur les pays qu’il aide. Les mines sont un danger pour les populations, mais aussi un obstacle majeur à la reconstruction, au développement économique et social. Le centre opère au-delà du déminage physique. Il assure l’application des standards internationaux et contribue à l’élaboration de lois et stratégies ainsi qu’au management des informations par le biais d’outils innovants, conçu avec ses partenaires académiques ou privés.

« Le software qui permet de gérer les données sur l’emplacement des mines, par exemple, est, à l’origine, le fruit d’une collaboration avec l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich », fait remarquer l’ambassadeur qui met aussi en relief la nécessité, pour l’action du GICHD, de s’adapter à un contexte qui a beaucoup évolué. Les conflits changent. Ils sont aujourd’hui de nature plus complexe et prolongée, très souvent en milieu urbain, avec des moyens inédits. « Le succès de la convention d’Ottawa, qui interdit l’accès aux mines antipersonnel, pousse par exemple certains groupes armés à employer des engins improvisés en Syrie, Afghanistan, Iraq », explique le directeur du GICHD. «Nous travaillons sur les standards et les outils pour répondre à ces nouveaux défis, en collaborant aussi avec des entreprises dont certaines deviennent également des partenaires financiers». Le GICHD se bat pour maintenir l’importance de la lutte contre les mines dans les agendas politiques des Etats et s’engage pour la protection de l’action humanitaire des démineurs menacée par la nouvelle nature des conflits. Soixante pays sont encore infestés de mines et ont besoin de l’aide du GICHD, compétent, crédible et indépendant comme la Suisse.