Sahel: la technologie au service de nomades

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Eleveurs nomades du Niger. Photo FAO/Giulio Napolitano.

Lancé il y a un peu plus d’une année à Gao, au Mali, un service de téléphonie mobile, financé par les Pays-Bas, permet à des éleveurs nomades d’accéder aux informations satellitaires pour les aider à faire face aux conséquences du changement climatique.

Au Sahel, les périodes de sécheresse plus fréquentes et plus longues menacent la capacité de résistance des éleveurs de bétail nomades. Les points d’eau douce sont rares pendant la saison sèche et de nombreux animaux risquent de mourir avant d’atteindre la prochaine oasis, raconte ONU Environnement dans un reportage sur le terrain.

En cas de sécheresse, les éleveurs parcourent plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres, avant de trouver un lieu adéquat, offrant suffisamment d’eau et de végétation pour répondre aux besoins des nombreux troupeaux qui y sont rassemblés.

« Afin de décider où se rendre, les pasteurs paient généralement un émissaire qui vérifie la région qu’ils ont en tête pour leur prochaine destination et ce dernier leur fait un rapport de la situation. Quelques jours au mieux sont nécessaires pour obtenir les informations à moto, plusieurs semaines si le voyage est entrepris à dos de chameau. C’est coûteux, lent et risqué », déclare Abdoul Aziz Ag Alwaly, responsable des programmes de l’organisation non gouvernementale locale Tassaght, qui travaille avec les pasteurs du Sahel. Il est également membre fondateur du Réseau africain des pasteurs Bilital Maroobé.

Grâce aux téléphones mobiles, cette information est désormais disponible aux 21 000 pasteurs utilisant le service de téléphonie mobile appelé Garbal. Il les aide ainsi à déplacer leur troupeau dans des conditions optimales.

Ce service privé exploité par la société de télécommunications Orange Mali, a été créé dans le cadre du projet STAMP (adaptation technologique durable pour les pasteurs maliens) en novembre 2017. Il vise à améliorer la résistance des pasteurs au changement climatique grâce à l’accès et à l’utilisation de données satellitaires.

Téléphones, satellites et connaissances locales

Pour accéder au service, les utilisateurs se connectent par téléphone à un centre d’appels ou envoient une demande numérique à une base de données moyennant de petits frais supplémentaires et reçoivent des informations telles que la disponibilité des eaux de surface dans une zone choisie, la disponibilité et la qualité de la biomasse, la concentration du bétail et les prix des céréales et du bétail sur les marchés locaux.

Cependant, les images satellite étant souvent incomplètes, le projet multipartenaire financé par le gouvernement des Pays-Bas et exécuté par la SNV (organisation néerlandaise de développement) a ancré la vérification des informations dans les communautés, en invitant les villageois à vérifier la qualité et la pertinence des informations fournies par les satellites. Par exemple, une source d’eau qui apparaît sur la carte après les précipitations peut disparaître après quelques jours, c’est à dire moins de temps que cela ne prendrait un pasteur pour s’y rendre.

Le projet d’adaptation technologique durable des pasteurs maliens n’est pas un partenariat public-privé typique. C’est une entreprise commune entre le gouvernement, une multinationale et une organisation locale.

Le projet est financé par l’Agence spatiale néerlandaise par le biais de la facilité Géodonnées pour l’agriculture et l’eau. Les Pays-Bas, via Hoefsloot Spatial Solutions, fournissent les images satellite, Orange Mali gère le centre d’appels et TASSAGHT, avec son équipe de pasteurs locaux, collecte et envoie des informations actualisées pour compléter les données provenant de l’espace.

« Nous avons travaillé avec les dirigeants des communautés pour sélectionner quelques personnes par site, puis nous les avons formées à la manière de collecter des données puis de nous les envoyer pour validation avant de les transmettre aux personnes du centre d’appels Orange Mali », explique Alwaly.

« Nous avons invité certains de ces pasteurs pour une formation à Bamako. Certains d’entre eux n’étaient jamais allés dans la capitale. Ils se sentaient comme des pionniers marchant sur un territoire inexploré, découvrant de nouvelles technologies », déclare Catherine Le Côme, coordinatrice du projet Adaptation technologique durable pour les pasteurs maliens de la SNV Pays-Bas. « Cela a été absolument incroyable de faire collaborer des personnes si différentes pour atteindre un objectif commun. »

Vif succès

Le service a rencontré un vif succès : 98% des utilisateurs sont satisfaits ou très satisfaits du service et 97,6% saluent l’exactitude des informations.

« La première phase du projet s’est achevée en décembre 2018, mais compte tenu de son succès, nous cherchons maintenant à étendre le service à d’autres régions du Mali et au-delà, puis ajouter des services pertinents pour les pasteurs, tels que des conseils dans le domaine de la santé animale et des produits financiers numériques. »