Sahel central: une crise humanitaire galopante

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Barsalogho, Burkina Faso. UNOCHA/Giles Clarke

Le 20 octobre à Copenhague (Danemark), se tient une table-ronde ministérielle centrée sur la situation qui prévaut au Sahel central. Conflits armés, pauvreté extrême, insécurité alimentaire, changements climatiques et COVID-19 sont quelques-uns des défis auxquels cette région ne peut faire face sans une assistance soutenue de la communauté internationale. Sans cette aide d’urgence, une détérioration rapide pourrait entraîner instabilité et chaos dans les pays situés autour du golfe de Guinée.

Organisée par les Nations Unies, l’Union Européenne, le Danemark et l’Allemagne cette réunion de haut-niveau entend tirer la sonnette d’alarme et attirer l’attention des donateurs sur l’une des crises humanitaires évoluant le plus rapidement. Plus de 13 millions de personnes ont besoin d’un soutien immédiat et, pour ce faire 2,4 milliards de dollars sont nécessaires.

Déplacements internes

Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) met en garde contre les conséquences désastreuses de la crise humanitaire qui se développe en ce moment au Sahel Central. D’après l’agence onusienne, des actions humanitaires d’urgence doivent absolument être déployées. Dans l’ensemble de la région, plus de 2,7 millions de personnes ont été forcés de fuir leurs maisons. Burkina Faso, Mali et Niger, sont l’épicentre de déplacements forcés. Plus de 1,5 million de personnes sont des déplacés internes à la région du Sahel central dont plus de 600.000 uniquement au cours de cette année. Les effets du changement climatique augmentent dramatiquement et rendent les conditions encore plus difficiles. Hausses des températures, augmentation de la fréquence des inondations, des sécheresses et des tempêtes de sable, sont des éléments supplémentaires qui poussent les populations à bouger.

Grave crise alimentaire en cours

Le Sahel central est aussi confronté à une grave crise alimentaire et nutritionnelle. Dans certaines régions du nord du Burkina Faso (Oudalan et Soum), on est à deux doigts de la famine. Le résultat d’une analyse effectuée par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) montre que 7,4 millions de personnes supplémentaires pourraient être en situation d’insécurité alimentaire avant 2021, en raison des effets socio-économiques du COVID-19. La recrudescence des combats dans la région exerce une pression supplémentaire sur des personnes déjà très vulnérables. L’insécurité a conduit à la fermeture généralisée des établissements de santé, des écoles et des marchés. Beaucoup de personnes dépendent désormais des communautés d’accueil et de l’aide humanitaire. Le porte-parole du PAM à Genève, Tomson Phiri souligne que « la capacité des organisations humanitaires à agir est compromise » car leur personnel est « souvent considérés comme des cibles par les groupes armés non étatiques au Burkina Faso, au Mali et au Niger. » En août, le PAM a aidé près de 3,4 millions de personnes au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Actuellement, l’aide est en cours d’extension pour atteindre 5 millions de personnes.

Situation des enfants

Un nombre record de 7,2 millions d’enfants au Burkina Faso, au Mali et au Niger ont désormais besoin d’une aide humanitaire, soit une augmentation de deux tiers en seulement une année. Plus d’un million d’enfants ont été déplacés de force. Les conditions sont particulièrement graves dans certaines régions du Burkina Faso qui accueillent un nombre important de personnes déplacées. Selon Marixie Mercado, porte-parole de l’UNICEF en Suisse, dans les communes de Djibo, Gorgadji et Barsalogho, les taux de mortalité des enfants dépassent déjà le seuil d’alerte d’urgence.

Financements

Davantage de soutien est nécessaire pour faire face à la crise, les moyens actuels ne répondent plus aux multiples besoins. A lui seul, le PAM réclame178 millions de dollars pour répondre à l’urgence croissante de la région. Les opérations de l’UNICEF au Sahel central sont aussi gravement sous-financées. À la mi-octobre, l’UNICEF avait reçu moins d’un tiers (31%) des 210 millions de dollars dont il avait besoin pour l’aide humanitaire cette année, et un peu plus de la moitié (57%) contre l’appel de 65,7 millions de dollars pour lutter contre le COVID-19. Les humanitaires espèrent que leurs appels de détresse seront relayés durant la réunion de haut-niveau et que la générosité des donateurs sera au rendez-vous.