Retour au pays prévu pour des millions de travailleurs migrants

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Guy Ryder, Directeur Général de l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Photo ILO/Marcel Crozet

L’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que des millions de travailleurs migrants déjà dans une situation précaire, pourraient être contraints de rentrer chez eux, principalement en Afrique et en Asie. Avec l’assouplissement des mesures de confinement ceux-ci sont désormais confronté au chômage et à la pauvreté en raison de la pandémie. La seule solution reste donc le retour dans le pays d’origine où la réinsertion s’annonce difficile dans un contexte de crise généralisée.

L’OIT estime que 4,7% de la main d’œuvre mondiale est constituée de travailleurs migrants soit 164 millions de personnes

L’Organisation Internationale du Travail demande que des mesures soient prises pour protéger les travailleurs migrants bloqués actuellement à l’étranger car ils font partie des personnes les plus touchées par la pandémie. A cause de la période de confinement en vigueur dans plusieurs pays, nombre d’entre eux ont perdu leur emploi du jour au lendemain et l’interdiction de voyager rendait tout déplacement impossible. Mais avec le retour progressif à la vie normale, l’OIT s’attend à ce que des millions de travailleurs migrants rentrent dans leurs pays alors qu’ils n’ont souvent plus d’argent. Un million de travailleurs migrants sont déjà rentrés dans le sud asiatique. Ce chiffre inclus 500.000 népalais de retour d’Inde et 250.000 Bengalis ayant quitté le Moyen-Orient, 130,000 Indonésiens, 100,000 Birmans et 50,000 Philippins, majoritairement des marins. Au Koweit, ils seraient plus de 90.000 à avoir quitté le pays depuis le mois d’avril. L’Ethiopie devrait s’attendre à un retour de 200.000 à 500.000 personnes d’ici la fin de l’année.

Des travailleurs essentiels mais exclus des stratégies de réponse au COVID-19

Dans de nombreuses régions du monde, les activités des travailleurs migrants se concentrent dans des secteurs « essentiels » comme la santé, les transports, les services, le travail domestique et l’agriculture. Malgré cela il est démontré qu’ils sont souvent exclus des mesures nationales de réponse au COVID-19 comme, par exemple, des subventions en matière salariale, des allocations chômage ou des mesures de protection sociale. Cette situation les rend particulièrement vulnérables tant au niveau financier que sanitaire. La diminution des revenus des travailleurs migrants et la perte de leur emploi vont avoir un impact global. D’après la Banque mondiale cela entraînera une baisse des transferts de fonds d’environ 20% en 2020.

Si de bonnes mesures sont prises, le retour des travailleurs dans leur pays d’origine peut contribuer à la relance économique locale

Des études de l’OIT montrent que les compétences des travailleurs migrants, fraîchement de retour, peuvent constituer un avantage pour leur pays d’origine et peut même contribuer à la reconstruction de l’économie souvent affaiblie par la crise liée au coronavirus. Raison pour laquelle, les pays sont vivement encouragés à adopter des mesures pour leurs donner accès à la protection sociale et pour reconnaître leurs atouts ce qui faciliterait leur intégration au marché de l’emploi national. Au cas où les retours s’effectueraient en masse, sur un laps de temps réduit, l’organisation internationale craint qu’ils aient de graves conséquences sociales et économiques.