Prix Nobel de la Paix attribué à une agence de l’ONU

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Tomson Phiri, porte-parole du Programme Alimentaire Mondial (PAM), à Genève. Photo /CTB

Le Comité norvégien du Prix Nobel de la Paix a récompensé le Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour les efforts qu’il déploie afin de combattre la faim, sa contribution à l’amélioration des conditions dans des zones touchées par des conflits et sa volonté d’empêcher que cette situation soit utilisée comme arme de guerre.

Grand moment d’émotion au Palais des Nations à Genève le 9 octobre en matinée. A l’heure de l’annonce officielle du lauréat 2020 du Prix Nobel de la Paix, le porte-parole du PAM en Suisse, Tomson Phiri, briefe les correspondants accrédités auprès de l’office européen des Nations Unies (ONUG) sur la situation au Soudan. Soudain, il s’interrompt. On le voit lire un mot griffonné par Rhéal Leblanc, chef de la presse du service de l’information, qui orchestre ce vendredi le briefing hebdomadaire de l’ONU. Quelques secondes plus tard, entre surprise et hésitation, Tomson exprime sa fierté de « servir depuis neuf années une organisation dont le personnel dévoué repousse sans cesse ses limites afin de servir l’humanité ». En effet, cette année, le prix Nobel de la Paix a été attribué au PAM.

Une machine impressionnante

Présente dans 88 pays, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) emploie 18.000 collaborateurs et subvient chaque année aux besoins alimentaires de près de 97 millions de personnes dans le monde. Créé en 1961 sous l’impulsion du président américain Dwight Eisenhower pour combattre les problèmes d’alimentation dans le monde, l’agence, dont le siège est à Rome, travaille grâce aux contributions volontaires des Etats membres de l’ONU, du secteur privé, de fondations et de particuliers. L’organisation internationale est dirigée par l’ex-gouverneur de Caroline du Nord, David Beasley, qui se trouvait au Niger lorsque la nouvelle est tombée. Heureux de cet acte de reconnaissance, l’américain a rappellé que « chaque jour 690 millions de personnes vont au lit en ayant faim ». Durant le confinement mondial, le PAM a poursuivi son travail d’aide alimentaire. Au pic de la crise, au moment où toutes les activités mondiales en matière de transport étaient interrompues, la flotte du PAM constituait la plus grande compagnie d’aviation en activité. Elle livrait non seulement de la nourriture aux plus vulnérables mais elle acheminait également masques, tests et équipements pour lutter contre le COVID-19.

Covid-19

A ce jour, 821 millions d’individus souffrent de faim chronique dans le monde. En 2020 le PAM a lancé un appel de fonds de 4,9 milliards de dollars. Le porte-parole du PAM précise « qu’avant le COVID-19, 179 millions de personnes avaient besoin d’assistance alimentaire urgente. Avec la pandémie, ce chiffre pourrait bondir à 230 millions d’individus d’ici à la fin de l’année. » Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a salué le rôle essentiel de l’agence alors que « des menaces existentielles, telles que le changement climatique, vont aggraver la crise alimentaire ». Les spécialistes craignent d’ailleurs qu’il ne soit pas possible d’atteindre l’un des Objectifs de développement durable de l’ONU visant à réduire à zéro la faim dans le monde d’ici à 2030.

Remise du Prix

Le 10 décembre le Prix Nobel sera remis à Oslo (Norvège). La Présidente du Comité du Prix Nobel, Berit Reiss-Andersen, a souligné qu’à une époque où solidarité et coopération multilatérale sont indispensables, le PAM est récompensé pour « avoir joué un rôle moteur dans les efforts visant à empêcher l’utilisation de la faim comme arme de guerre ».