Pour lutter contre le virus Zika, il faut aussi lutter contre la pauvreté et les inégalités

Auteurs : Magdy Martínez-Solimán, Directeur du Bureau des politiques et de l’appui aux programmes & Jessica Faieta, Directrice régionale du PNUD pour l'Amérique latine et les Caraïbes.

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Briefing to member states on Zika by WHO and CDC

Au-delà du coût économique, le virus Zika peut aggraver les inégalités de genre et d’accès à la santé. Marta et João vivent dans une petite ville de l’état de Paraiba au Brésil. Alors qu’elle était enceinte de son cinquième enfant, Marta a manifesté les symptômes du virus Zika. Aujourd’hui âgé de quelques mois, Luiz nécessite une surveillance constante, et il n’est pas certain qu’à l’avenir il puisse marcher ni même parler.

Les problèmes du couple sont aggravés par des difficultés financières et malheureusement, ce combat n’est pas exceptionnel. Les foyers pauvres sont les plus susceptibles d’être exposés au virus et les moins bien armés pour faire face aux conséquences de la maladie.
Aucun vaccin n’est encore au point, et le nombre de bébés qui naissent avec des anomalies congénitales ne cesse d’augmenter.

Trois scénarios avec différents taux d’infection au virus ont été envisagés pour définir le coût à court et long termes de l’épidémie de Zika – notamment le coût du diagnostic et des soins de santé, la perte de revenus liés au tourisme, la baisse de productivité entraînée par l’absentéisme du personnel soignant, et le coût du handicap à long terme.
Dans le meilleur des scénarios, on estime que le coût de l’épidémie actuelle de Zika s’élèverait à 7 milliards de dollars US sur trois ans, et ce chiffre pourrait atteindre 18 milliards dans le pire des scénarios. On estime à environ 1 milliard de dollars le coût supplémentaire qu’entraînerait une augmentation de cinq pour cent du nombre de personnes infectées.

Au-delà du coût économique, le virus peut creuser davantage les inégalités de genre et d’accès à la santé. Des données factuelles montrent que les femmes de la région sont de plus en plus nombreuses à vouloir interrompre leur grossesse, au mépris des lois et même de leur vie et de leur santé. Les femmes gagnent d’ores et déjà moins que les hommes et sont touchées en plus grand nombre par la pauvreté et le chômage. Et ces inégalités pourraient s’accroître avec les femmes et les filles dans l’obligation d’arrêter de travailler pour prodiguer des soins aux membres de leur famille qui sont malades. Une action de grande envergure est nécessaire pour lutter contre les maladies comme Zika, dans la mesure où les facteurs qui favorisent la vulnérabilité dépassent largement le secteur de la santé : logement, assainissement, inégalités de genre, situation socio-économique et infrastructures urbaines, tout cela a une incidence sur le risque d’infection.
Et ce sont les plus pauvres et les plus faibles qui supportent le coût le plus élevé, en grande partie les femmes.

Les réponses « multisectorielles » émanant de la société civile, des organisations internationales, des communautés touchées et du secteur privé se sont avérées très efficaces pour lutter contre l’épidémie de paludisme en Afrique. De même, il a été démontré que la participation communautaire dans la lutte contre la dengue a fait baisser à la fois la prolifération des moustiques et la transmission du virus.

La leçon à en tirer : pour se préparer et répondre aux maladies infectieuses émergentes, il faut s’attaquer en même temps aux questions de santé et de développement.
Si nous ne parvenons pas à améliorer les conditions de vie des familles pauvres et à venir à bout des inégalités de genre, la santé publique et les progrès socio-économiques
pour tous resteront précaires.

L’épidémie de Zika rappelle à tous les pays et à tous les peuples qu’ils sont vulnérables, et qu’une maladie qui touche en premier lieu les populations pauvres a des conséquences sociales et économiques importantes pour l’ensemble des communautés, des régions et des nations