PME en pays en développement: des perspectives intéressantes

Auteur: Arancha, Gonzalez, Directrice Exécutive du Centre de Commerce International (ITC)

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Arancha Gonzalez Laya, Executive Director, International Trade Centre (ITC). Copyright by World Economic Forum / Sikarin Thanachaiary

1 trillion de dollars par an aurait un impact majeur sur la réalisation des Objectifs de Développement Durable, tout en générant des profits pour les investisseurs

Selon l’édition 2019 de la Perspective de la compétitivité des PME, le manque de projets d’investissement évolutifs dans les PME, et de connaissances sur les capacités des entreprises, ainsi que les difficultés à relier les PME et les investisseurs, empêchent ces derniers de canaliser davantage de financements qui leurs seraient pourtant profitables vers des opportunités d’investissement dans les pays en développement. La Directrice Exécutive du Centre de Commerce International, Arancha Gonzalez, partage son analyse.

Les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies demeurent un élément fondamental pour concrétiser le monde que nous voulons tous d’ici à 2030. Un des composants essentiels de ces ODD en est leur financement – mais pour beaucoup d’entre nous, le monde de la haute finance internationale est un monde difficile à comprendre, et difficile à naviguer. Cela s’explique déjà en partie par ses seules dimensions.

Les gestionnaires d’actifs gèrent des dizaines de trillions de dollars à l’échelle mondiale. Des centaines de milliards de dollars sont quotidiennement échangés sur les marchés boursiers. Un autre frein tient parfois au langage impénétrable utilisé par ces experts, et un autre encore à la distance qui sépare le monde de la haute finance internationale et la vie au quotidien de la plupart des individus et des entreprises.

Le travail du Centre du commerce international (ITC) touche souvent au monde de la finance – ou plus précisément au monde « en défaut de finance ». Il n’est pas inhabituel pour les petites et moyennes entreprises (PME) avec lesquelles nous travaillons de rencontrer des difficultés pour honorer une grosse commande, simplement parce qu’elles ne peuvent pas emprunter quelques milliers de dollars afin d’investir et augmenter leur production. Nous collaborons fréquemment avec des start-up qui ont d’excellentes idées d’affaires, et pourtant peinent à trouver les financements requis pour concrétiser ces idées. Pour chacune de ces entreprises qui ne parvient pas à sécuriser les financements dont elle a besoin, c’est une opportunité de perdue de contribuer aux ODD.

De fait, les PME présentent un potentiel énorme d’avoir un impact sur les ODD, à travers les emplois qu’elles génèrent, les pratiques commerciales qu’elles choisissent d’adopter (par exemple des processus de production durables et écologiques), les secteurs au sein desquelles elles opèrent (par exemple une production agricole augmentée qui permet de réduire la faim dans le monde), sans oublier leur impact sur l’innovation et la diversification de l’économie. Notre analyse suggère que les PME peuvent avoir un impact positif de 60 % sur chacune des cibles des ODD.

Le programme des Nations Unies pour le financement du développement ambitionne de renforcer les synergies entre les finances publiques et privées, afin de bénéficier aux ODD. Le financement des PME est donc un élément indispensable au financement du développement, qui vise à « ne laisser personne de côté ».

Ce rapport démontre que le fait de fournir davantage de financements aux PME des pays en développement rapporterait des dividendes sans commune mesure en termes de progrès vis-à-vis des ODD, tout en livrant de solides retours aux investisseurs.

La première attente d’un investisseur potentiel est un retour sur investissement raisonnable. Bien que certains investissements en lien avec les ODD ne rapportent que des avancées sociales, il existe aussi des projets de développement du secteur privé qui offrent des opportunités de fournir à la fois des progrès sociaux et des retours financiers. Le monde en développement fourmille de PME avec des idées d’affaires viables en termes commerciaux. Une estimation de ce marché de financement des PME l’évalue à 5,2 trillions de dollars.

Pourtant, les investisseurs considèrent en général les PME comme des investissements risqués, et plus encore dans le monde en développement. Ils perçoivent l’environnement macro comme précaire, et les processus d’investissement comme non transparents et imprévisibles. De plus, les faiblesses des intermédiaires financiers pertinents dans la plupart des pays en développement se traduisent par un manque de renseignements commerciaux fournis aux investisseurs internationaux, les empêchant d’identifier les opportunités prometteuses et d’évaluer correctement les risques.

Dans ce rapport, nous visons à démystifier et démêler ce qu’il faut pour rapprocher le monde de la haute finance internationale et celui des PME sur le terrain. Nous décrivons aussi ce que les gouvernements et les agences multilatérales peuvent faire pour réduire le fossé d’informations qui sépare les investisseurs étrangers des petites et moyennes entreprises locales.

Les intermédiaires financiers locaux – que ce rapport dénomme « facilitateurs d’investissement » – sont essentiels pour relier la haute finance internationale et les PME des pays en développement. Plus ces facilitateurs sont solides, plus il sera facile pour les investisseurs étrangers d’évaluer les risques et opportunités d’investir dans les PME locales. Cela ne sera pas une surprise pour les spécialistes financiers de la communauté en développement, qui se désolent depuis longtemps des faiblesses des systèmes financiers du monde en développement.

Investir dans des intermédiaires financiers plus solides, comme les accélérateurs, les agences de promotion de l’investissement, ou les institutions financières locales pourrait avoir des effets multiplicateurs.

Selon nos calculs, générer annuellement un trillion de dollars supplémentaire d’investissements privés pour les PME aurait des répercussions majeures sur la réalisation des ODD. C’est là un ordre de grandeur réaliste pour la communauté de la haute finance internationale, qui correspondrait à réduire d’un cinquième le retard financier des PME du monde en développement.

À l’ITC, nous avons toujours travaillé avec et au travers de partenaires locaux pour atteindre les PME. Nos partenaires, ou multiplicateurs comme nous les appelons, comprennent des agences de promotion, des chambres de commerce et des associations de secteurs. Dans la mesure où les entreprises prêtes à l’export sont aussi en général prêtes à l’investissement, nous travaillons de plus en plus avec des accélérateurs locaux et des agences locales de promotion de l’investissement. En renforçant ces partenaires et leurs réseaux par la connaissance des PME locales, nous contribuons à faire du commerce et de l’investissement une réalité.

Œuvrer à travers des facilitateurs locaux est efficace et permet une appropriation nationale. Il s’agit du meilleur mécanisme pour passer à l’échelle supérieure, et faire du slogan « Financements solides pour petites entreprises » une réalité, et surtout apporter une contribution tangible à la réalisation des ODD.