La Chine, l’OMC et la Mondialisation

Auteur : Dr Faustin Mukela LUANGA, Chef de la Région Asie et Pacifique à l’Organisation Mondiale du Commerce

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Director-General Roberto Azevêdo met with China’s Minister of Commerce Gao Hucheng in Qingdao.

La Chine est Membre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) depuis le 11 décembre 2001. Son adhésion a apporté environ 13% du PIB mondial, 17% du commerce mondial et 21% de la population mondiale au sein du système de commerce multilatéral incarné par l’OMC.  L’accession de la Chine au sein de l’OMC ouvrait la voie à la concurrence commerciale directe avec « l’atelier du monde ». L’Occident et les autres pays membres de l’OMC ouvraient leurs marchés aux produits chinois sous des conditions favorables et amicales.  En retour, la Chine a aussi ouvert les portes de son vaste marché aux produits de tous les autres pays membres de l’OMC. Les démantèlements des barrières dans les échanges avec la Chine allaient booster le commerce mondial, lequel nourrirait la croissance – donc l’emploi, des pays occidentaux développés (du Nord) comme ceux en développement de l’hémisphère Sud.

Auteur : Dr Faustin Mukela LUANGA, Chef de la Région Asie et Pacifique à l’Organisation Mondiale du Commerce

Aujourd’hui, la Chine est le pays le plus peuplé du monde, représentant environ 20% de la population mondiale. Elle est le premier exportateur mondial depuis 2009 et est devenue, depuis 2013, la première puissance commerciale avec un poids total dans les échanges internationaux représentant 11%. La part du marché mondial de la Chine du commerce des marchandises n’a pas cessé d’augmenter au cours des dernières années. En 2015, les importations et les exportations chinoises de marchandises se plaçaient au premier rang mondial pour la troisième année consécutive.

Malgré le ralentissement de sa croissance économique ces dernières années, d’importantes réformes économiques et commerciales entreprises ont permis à la Chine d’améliorer l’environnement intérieur des affaires, de promouvoir les investissements et d’approfondir son ancrage dans les chaines de valeur mondiales. La consommation intérieure, stimulée par une politique soutenue des pouvoirs publics, continue de porter en grande partie la croissance. La Chine a également poursuivi les grandes lignes de sa politique de réforme économique structurelle, visant à accorder au secteur privé une place plus importante dans l’économie, en atteste la réforme opérée au niveau des entreprises d’État. Il faut, en outre, saluer les importants efforts consentis dans le cadre de la facilitation des échanges avec la mise en pratique du dédouanement électronique sur tout le territoire chinois et la ratification de l’Accord de l’OMC sur la facilitation des échanges.

La Chine est devenue un pays défenseur du système commercial multilatéral. Elle joue un rôle actif dans le cycle des négociations commerciales multilatérales en cours, et participe activement aux différentes disputes commerciales.  La Chine est ainsi impliquée dans 15 affaires en tant que plaignant, 38 en tant que défendeur et 135 affaires en tant que tierce partie.

De nos jours, la mondialisation, processus visant à promouvoir l’ouverture des économies et des sociétés, se caractérise par l’émergence d’un nouveau modèle techno-économique reposant sur un nouveau mode de production à savoir la production par le moyen de l’innovation. La mondialisation constitue en fait une réalité résultant de l’évolution historique de la société qui a récemment évolué de l’ère de la révolution agricole à l’ère de la révolution technologique, voire digitale, en passant par la période de la révolution industrielle. Elle accroît les contacts entre les individus par-delà les frontières que ce se soit dans le domaine de l’économie, de la technologie, de la culture et de la gouvernance. Elle fragmente aussi les processus de production, les marchés du travail, les entités  politiques et les sociétés. Nos habitudes de travail, de productions et de consommations se trouvent ainsi bousculées et modifiées.  Les pays, les sociétés et les individus doivent s’adapter. L’économie se digitalise, le travail et la production se partagent; et même la consommation se partage. Nous vivons une nouvelle ère: l’économie de partage qui appelle de nouveaux défis en matière de gestion et de régulation tant sur le plan national et qu’international.

Depuis 1995, la mondialisation a connu une forte accélération avec la libéralisation des échanges commerciaux résultant de la mise en œuvre des accords du GATT (Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce) et de l’OMC. A l’échelon mondial, le volume du commerce qui a multiplié par 14 entre 1950 et 2016 a continué de croître plus vite que la production jusqu’en 2012. Parallèlement, les mutations technologiques se sont poursuivies à un rythme aussi rapide et le phénomène le plus marquant a été la croissance explosive d’Internet et du commerce électronique. A cela s’ajoutent également la poursuite de la baisse du coût des communications et des transports internationaux ainsi que l’abaissement des barrières nationales qui ont favorisé l’expansion des réseaux mondiaux de production autour des entreprises multinationales.

La Chine est un pion majeur de ce processus. Son économie est en pleine transformation. Appelée l’usine de monde, la majeur partie de grandes multinationales s’y sont installées et continuent à chercher à s’y installer pour profiter des économies d’échelles dues à la taille du pays.  La Chine est ainsi au centre de tous les débats sur les phénomènes de délocalisation des sociétés, des fragmentations de modèle de productions de chaines globales de valeurs, de la pollution dans le monde, etc. La Chine fascine, impressionne et inquiète à la fois. Par exemple, les multiples investissements ces dernières années de la Chine en Afrique fascinent l’Afrique mais inquiètent l’Europe qui se voit perdre des opportunités d’affaires.

Dans le contexte de la mondialisation, de l’économie de l’information et du savoir, le produit de l’information est clé. Ainsi la contribution de la Chine pour son développement pourrait se comprendre et se situer entre autres au niveau de la maîtrise, de l’assimilation, de l’accumulation et de l’utilisation de l’information et de ses outils. Les autorités chinoises chercheront certainement à mener une stratégie de rééquilibrage de leur économie afin de promouvoir une croissance davantage axée sur la demande intérieure, en particulier la consommation privée, qui va, selon elle, jouer un rôle majeur pour dynamiser la croissance économique.

Pour les autorités chinoises, la Chine est entrée dans une ère de « nouvelle norme », ainsi les moteurs de croissance doivent être plus diversifiés basés sur la promotion d’une nouvelle industrialisation, un développement axé sur l’information, l’urbanisation et la modernisation agricole. Les chinois s’attendent à ce que la réforme structurelle profonde, qui s’inscrit dans la continuité de la politique d’ouverture de l’économie et de promotion de l’innovation, permette à leur pays de continuer à croitre et à prospérer.

La Chine est devenue une grande puissance économique et, comme c’est le cas avec toutes les grandes puissances, les décisions économiques prises au niveau national et pour des usages domestiques en Chine peut, dans certaines circonstances, envoyer des ondulations et dans certains cas, une onde de choc dans le monde entier. La taille de la Chine signifie qu’il doit être conscient de l’impact de ses actions sur le reste du monde.  Pour le bien de l’humanité, nous ne pouvons qu’espérer que le sens de la responsabilité ira de pair avec celle de la puissance.

 

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Catherine Fiankan-Bokonga est la Directrice de publication et la Rédactrice en chef de Klvin Mag, distribué sur l’ensemble du territoire suisse depuis septembre 2016. Elle est aussi correspondante de France 24 & différents médias au Palais des Nations à Genève. Elle est Vice-Présidente élue de l’Association des Correspondants Accrédités auprès des Nations Unies (ACANU) et du Club Suisse de la Presse. Elle a été Vice-Présidente de l’Association de la Presse Etrangère en Suisse et au Lichtenstein (2013-2015).