Faim dans le monde: chiffres en hausse depuis trois ans

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Pictured is an arrangement of dried foods during the Economic and Social Council (ECOSOC) World Food Day Observance in 2009. Photo UN/Paulo Filgueiras
Selon le dernier rapport des Nations Unies sur la sécurité alimentaire, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde continue à augmenter. A ce jour 821 millions de personnes sont touchées et plus de 150 millions d’enfants accusent des retards de croissance. Cette régression signifie que davantage doit être fait si l’on veut atteindre l’Objectif de Développement Durable numéro 2: Faim Zéro d’ici 2030.

La faim est en hausse depuis ces trois dernières années. Elle est occupée à revenir au niveau où il se situait il y a presque 10 ans.

Des progrès limités ont été observés en matière de lutte contre les différentes formes de malnutrition, qui vont du retard de croissance chez l’enfant à l’obésité adulte, une situation qui menace la santé de centaines de millions de personnes.

La situation s’aggrave en Amérique du Sud et dans la plupart des régions d’Afrique. La tendance vers la baisse du taux de sous-alimentation qui caractérisait l’Asie semble fortement ralentir.

Selon le rapport annuel de l’ONU, la variabilité climatique affectant le régime des pluies et les saisons agricoles et les événements climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations font partie des facteurs clés expliquant la hausse de la faim, sans oublier les conflits et les crises économiques.

Les dirigeants de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Fonds international de développement agricole (FIDA), du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont indiqué dans la préface de leur rapport que « les signes alarmants de la hausse de l’insécurité alimentaire et des différentes formes de malnutrition signifient clairement que des efforts conséquents doivent être déployés afin de s’assurer de ne laisser personne pour compte et de réaliser les Objectifs de développement durable liés à la sécurité alimentaire et à la nutrition. »

On constate que l’exposition à des extrêmes climatiques plus complexes, plus fréquents et plus intenses menace d’éroder les progrès réalisés dans la lutte contre la faim et la malnutrition, voire d’inverser la tendance.

Changement climatique

Les analyses proposées dans le rapport révèlent que la prévalence et le nombre de personnes sous-alimentées tendent à être plus importants dans les pays fortement exposés aux extrêmes climatiques.

Les changements climatiques compromettent déjà la production de cultures importantes telles que le blé, le riz et le maïs dans des régions tropicales et tempérées et si l’on ne renforce pas la résilience face au climat, la situation devrait s’aggraver, tandis que les températures augmentent et deviennent plus extrêmes.

Le taux de sous-alimentation est encore plus considérable  lorsque l’exposition aux extrêmes climatiques est associée à une forte proportion de la population dépendante de systèmes agricoles particulièrement sensibles aux précipitations et à la variabilité climatique.

Affectant les zones de cultures agricoles, les températures continuent de dépasser la moyenne à long terme pour la période allant de 2011 à 2016, entraînant ainsi une multiplication des périodes de chaleur extrême ces cinq dernières années. Les saisons des pluies connaissent également une évolution avec un début précoce ou tardif et une répartition inégale des précipitations d’une saison à l’autre.

La production agricole est lourdement affectée par cette situation qui a également pour effet de provoquer des pénuries alimentaires, avec notamment des répercussions sur la hausse des prix des produits alimentaires, sur la baisse des revenus et sur l’accessibilité des populations à la nourriture.

Faible avancement dans la lutte contre la malnutrition

D’un point de vue mondial, l’Afrique et l’Asie représentent respectivement 39% et 55% du total des enfants accusant un retard de croissance. Près de 151 millions d’enfants âgés de moins de cinq ans étaient trop petits pour leur âge, en raison de la malnutrition en 2017. Ils étaient 165 millions en 2012. La prévalence d’émaciation chez l’enfant demeure extrêmement élevée en Asie où presqu’un enfant sur dix, âgé de moins de cinq ans, pèse peu pour sa taille. Ils sont un sur cent en Amérique latine et dans les Caraïbes.

L’émaciation continue de toucher plus de 50 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde, des enfants chez qui on constate des taux de morbidité et de mortalité plus élevés. Par ailleurs, plus de 38 millions d’enfants de moins de 5 ans sont en excédent pondéral.

Hausse de l’obésité

L’obésité chez les adultes s’aggrave. Plus d’un adulte sur huit dans le monde est obèse. Le problème est particulièrement grave en Amérique du Nord mais, d’après le rapport, l’Afrique et l’Asie connaissent également une tendance vers la hausse.

La sous-alimentation et l’obésité coexistent dans de nombreux pays et peuvent même être vus côte à côte dans le même foyer. Un accès limité à une nourriture saine en raison des coûts élevés, le stress de l’insécurité alimentaire et les adaptations physiologiques au manque de nourriture permettent d’expliquer pourquoi les familles confrontées à l’insécurité alimentaire sont probablement encore plus vulnérables face aux risques de surpoids et d’obésité.

Agir

Les auteurs du rapport appellent à mettre en œuvre et à intensifier les interventions visant à garantir l’accès à des aliments nutritifs. D’après eux, les politiques doivent particulièrement prêter attention aux groupes les plus vulnérables face aux conséquences désastreuses d’un accès limité à l’alimentation: les nourrissons, les enfants âgés de moins de cinq ans, les enfants scolarisables, les adolescentes et les femmes.

Au même moment, il est nécessaire de s’orienter durablement vers une agriculture qui tient plus compte de la nutrition et vers des systèmes alimentaires en mesure de fournir une alimentation sûre et de bonne qualité pour tous.

Les auteurs du rapport appellent également à déployer davantage d’efforts afin de renforcer la résilience face au climat, à travers des politiques qui encourageront les initiatives visant à s’adapter au changement climatique et à en atténuer les effets,  ainsi qu’à réduire les risques de catastrophe.