Ces femmes qui font Genève: Isabelle Gattiker

Auteur: Isabel Jan-Hess

0
1233
Isabelle Gattiker. Photo Miguel Bueno

Le stress? Isabelle Gattiker semble ne pas connaître ! A quelques semaines du lancement du 16ème Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), la pétillante directrice ne se laisse pas déborder par l’effervescence. Du moins en apparence. Au café du Grütli, elle est chez elle, on l’interpelle à chaque table ; elle prend le temps, salue et échange quelques mots avec chacun. Elle est comme ça Isabelle Gattiker, dans l’instant et sans artifice.

Perfectionniste, elle mène pourtant sa barque avec une méticulosité de chaque instant. Depuis qu’elle a repris les rênes du FIFDH, à Léo Kaneman, fondateur et président d’Honneur, les taux de fréquentation de la manifestation ne cessent de prendre l’ascenseur. Comment ce festival est-il devenu emblématique de la Genève des Droits de l’Homme ?

« Le FIFDH doit d’abord son succès à Léo, qui a imaginé ce pont entre ce toutes les Genève, l’humanitaire, la diplomatique, la financière, la culturelle et la société civile », explique celle qui était déjà dans les coulisses de la toute première édition du festival en 2002. Coordinatrice à l’époque, je me souviens encore de l’émotion provoquée par cette nouvelle aventure, parrainée par le regretté Sergio Vieira De Mello, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme et la cantatrice Barbara Hendricks. »

16 ans d’introspection des maux de la planète

En 16 ans, ce festival annuel de renommée internationale, n’a eu de cesse d’étoffer l’offre et les concepts. Devenu aujourd’hui un rendez-vous incontournable, il s’étend désormais dans le Grand Genève et au-delà. « Il était important d’aller à la rencontre du public, de ne pas figer la manifestation dans un lieu », poursuit la jeune cheffe d’orchestre du FIFDH. «Cette année, nous aurons plusieurs moments forts, notamment un débat sur l’impunité au Mexique et une lecture du livre Chère Ijeawele. Un manifeste pour une éducation féministe de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, en 15 langues. »

Si elle en a repris l’organisation et la réalisation, la directrice n’a pas modifié pour autant la philosophie du FIFDH. « Il s’agit prioritairement de mettre en lumière les réalités et le travail colossal mené à Genève sur le plan associatif et sur le terrain, détaille-t-elle en cherchant à préciser son propos tout en fixant les images dans ses yeux opales brillants et lumineux. Aucune édition ne ressemble à la précédente, mais les émotions, les rencontres et l’émergence de nouvelles énergies cristallisent d’années en années l’âme de ce festival et le portent. »

Comme toujours, le FIFDH se tiendra en marge de la plus importante session du Conseil des droits de l’Homme à Genève. Plus d’une quinzaine de débats, organisés après les projections réuniront des acteurs du monde associatif et humanitaire, aux côtés d’invités prestigieux. En 2018, le FIFDH essaime encore et plus de 45 films, certains de renommées internationales, seront projetés sur plusieurs sites, répartis dans la région et même jusqu’à Neuchâtel et Bienne.

Même la clôture du festival se veut engagée, avec la présence exceptionnelle de l’artiste dissident chinois Al Weiwei. « Il s’exprimera aux côtés de côtés de Filippo Grandi, le Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés.»

La Suisse et le FIFDH rayonnent dans le monde

Autre nouveauté, initiée également par la jeune directrice et son équipe, une « tournée » du FIFDH aux quatre coins du monde pour célébrer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme. « Lancée en décembre, l’opération a démarré à Islamabad et se déroulera dans 40 pays jusqu’en décembre, explique Isabelle Gattiker. Le concept a été présenté au Département Fédéral des Affaires Etrangères (DFAE) et au Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme qui ont immédiatement adhéré à l’idée d’une collaboration avec les ambassades de Suisse à l’étranger, se réjouit-elle. Chacune organisera un événement en lien avec les droits humains et la projection d’un film. » Un joli défi, puisque plusieurs pays, pointés comme mauvais élèves, accueilleront ces débats sur les droits de l’Homme. Chaque soirée se déroulera en présence d’un membre du FIFDH, la directrice du FIFDH a fait le voyage au Pakistan et se prépare une année voyageuse.

Dans un monde de plus en plus noir, Isabelle Gattiker veut croire à toutes les gouttes d’eau versées par chaque action de prise de conscience collective. Pour ses deux enfants, Ulysse 7 ans et Adam, 5 ans. « Petite je me rêvais journaliste pour voyager, écrire et dénoncer, se souvient la jeune maman. Je n’ai jamais accepté la fatalité ! Je reste convaincue que chacun peut agir et rendre le monde meilleur à son échelle. »

Une enfance nomade animée par la curiosité et l’ouverture aux autres

Fille de diplomate, Isabelle Gattiker doit probablement son universalité à son enfance nomade. « J’ai vécu dans plusieurs pays, dont la Colombie, en pleine guerre civile. J’avais entre onze et quinze ans. C’est un âge qui marque».» De ses années internationales, elle garde aussi un tempérament sociable et une curiosité aiguisée.

Née en 1978 à Berne, la Genevoise d’adoption a posé ses valises au bout du lac à 18 ans, pour terminer ses études en lettres et histoire contemporaine. « Je n’en suis jamais vraiment repartie, j’aime cette ville et sa multi-culturalité. »

Coordinatrice générale des premières années du FIFDH, Isabelle Gattiker est ensuite partie à la rencontre d’autres maîtres. Elle travaille plusieurs années avec le cinéaste franco-israélien Amos Gitaï, avant de se lancer dans la production de films dans une grande société genevoise. En 2013, elle est nommée directrice adjointe du FIFDH dont elle reprend le flambeau en 2014. « Avec une équipe magnifique et plus de 200 bénévoles chaque année, précise-t-elle. Des émotions fortes et spontanées, partagées avec plusieurs dizaines de milliers de personnes à chaque édition.» Diplômée en conduite d’événements culturels de l’IESA à Paris, Isabelle Gattiker a aussi enseigné à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) et à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD).

Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) 2018. Du 9 au 18 mars à Genève. www.fifdh.org/site/fr/accueil

EN DECALE…

1) Le livre qui trône sur la table de nuit ?

L’année de la pensée magique de Joan Didion.

2) Les vacances idéales ?

N’importe où, tant que je suis avec mon compagnon et nos enfants.

3) La petite manie qui agace ?

Je me souviens de tous les chiffres et de toutes les dates, ce qui a le don d’épuiser mon entourage.

4) La recette fétiche ?

La seule chose que je sais cuisiner: le gâteau aux noix d’Engadine, en hommage à ma famille maternelle

5) L’héroïne de votre enfance ?

Une des filles du Club des cinq !

6) Un air symbolique ?

« Se io fossi un angelo » de Lucio Dalla que me chantait mon papa ; une chanson d’amour et de résistance.

7) La première punition ?

Trop bavarde en classe je me retrouvais toujours devant, à côté des élèves les plus ennuyeux !

8) La qualité fondamentale ?

La curiosité.

9) La première lecture ?

Tout Roald Dahl, obsessionnellement!

10) Un rêve ?

Plus de justice, plus de joie, plus de tant de choses