Caroline Dayer défie le pouvoir de l’injure

Par Isabel Jan-Hess

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Référence en matière de discrimination, la chercheuse genevoise a participé le 11 mai au Forum des 100 personnalités les plus influentes de Suisse romande. Une belle distinction pour cette infatigable militante des Droits humains. A 38 ans, elle est de tous les plateaux télé où elle déconstruit méthodiquement les stéréotypes encore bien ancrés en Suisse et dans le monde. Actuellement experte en prévention des violences et des discriminations pour le Canton de Genève, elle sort en parallèle son dernier livre. «Le pouvoir de l’injure» qui assoit sa réputation bien au-delà des frontières helvétiques.

Elle rayonne en ces premiers jours de printemps, peu intimidée par le jeu de l’interview auquel elle se prête quasi quotidiennement ces dernières semaines. Fidèle à elle-même, Caroline Dayer affiche une modestie sincère, malgré une célébrité et une renommée grandissantes. Sexisme, homophobie, racisme, rejet ethnique ou religieux, la chercheuse mène de front la lutte contre les discriminations et la défense des Droits humains. Son dernier livre Le pourvoir de l’injure, sorti le 8 mars, frise la rupture de stock et résonne dans toute la francophonie.

Le 11 mai dernier elle participait au Forum des 100, repris par le journal Le Temps, réunissant les cent personnalités les plus influentes de Romandie. «A l’image de Donald Trump, des élites politiques banalisent et légitiment les discours haineux» Après, « Sous les pavés, le genre, Hacker le sexisme »,paru le 8 mars 2014, Caroline Dayer propose là un ouvrage décryptant la banalisation de l’injure. Elle offre des pistes de réflexion et un reflet sans concession d’une dérive, déclinée du préau de l’école aux hautes sphères de pouvoir. «Le danger aujourd’hui se cache dans la banalisation et la légitimation de l’injure, analyse la spécialiste. On l’a vu avec la récente élection américaine et on l’a aussi observé dans la campagne française. Même sous un ton plus lisse, Marine Le Pen ou François Fillon, par exemple, ont déployé des programmes discriminatoires, portés par des discours haineux.»

Ce petit guide de lutte contre les discriminations arrive aussi en plein mouvements de révolte, déclinés le long des fuseaux horaires. «Partout des voix s’élèvent pour réclamer le respect des Droits humains et la justice sociale, se félicite Caroline Dayer. Mais cet enthousiasme a son revers! Aux Etats-Unis, notamment, il se heurte aux dogmes et privilèges
d’Américains et d’Américaines, peu enclins à perdre avantages et suprématie au nom de l’égalité concrète. Il cristallise aussi les peurs d’une
classe d’hommes blancs déclassés ces dernières années.» Un regain de racisme, de réactions violenteset de nationalisme rappelant les tournants de l’Apartheid ou du colonialisme.

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Catherine Fiankan-Bokonga est la Directrice de publication et la Rédactrice en chef de Klvin Mag, distribué sur l’ensemble du territoire suisse depuis septembre 2016. Elle est aussi correspondante de France 24 & différents médias au Palais des Nations à Genève. Elle est Vice-Présidente élue de l’Association des Correspondants Accrédités auprès des Nations Unies (ACANU) et du Club Suisse de la Presse. Elle a été Vice-Présidente de l’Association de la Presse Etrangère en Suisse et au Lichtenstein (2013-2015).