Afrique de l’Ouest: pics de violence

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Au Burkina Faso, une famille part chercher de l'eau. Des centaines de milliers de personnes sont confrontées à l'insécurité alimentaire dans ce pays du Sahel également touché par l’insécurité. Photo : OCHA/Otto Bakano.

Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest sont touchés par les violences, les Nations Unies ont appelé les gouvernements de la sous-région, notamment ceux du G5 Sahel et du bassin du lac Tchad, à renforcer leur programme de développement afin d’améliorer les conditions de vie des populations.

Mohamed Ibn Chambas, Représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, a déclaré que « ces dernières semaines, l’insécurité a connu des pics sans précédent. Dans le Sahel – au Mali, au Burkina Faso, dans le Liptako-Gourma en particulier. Mais aussi dans le bassin du Lac Tchad où Boko Haram continue de menacer les populations et les déplacés ».

« Les Nations Unies condamne ces attaques qui continuent de prendre les civils, les forces de sécurités et les casques bleus, ainsi que les acteurs économiques pour cibles. Cela souligne – encore une fois – l’urgence d’une mobilisation régionale », a dit celui qui dirige le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS).

M. Chambas a participé au sommet du G5 Sahel, qui s’est tenu à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Il estime que les engagements pris par les cinq pays durant ce sommet doivent être soutenus par la communauté internationale. « Il est vital que l’aide financière promise à la Force conjointe soit débloquée pour permettre une mise en œuvre efficace de la Force », a dit le Représentant spécial, qui estime tout aussi urgent de fournir l’aide financière promise en décembre 2018 pour concrétiser la feuille de route adoptée par le G5 Sahel dans le cadre du Programme d’investissement prioritaire.

Mali, Burkina: des signaux inquiétants de conflit intercommunautaire

Le mois de janvier a montré des signaux inquiétants de conflits intercommunautaires meurtriers au Mali et au Burkina Faso opposant les peulhs à d’autres communautés. Pour M. Chambas, la spirale de la violence ne peut entrainer que le chaos et le malheur, pour toutes ces communautés.

« Nous savons que l’une des traditions de cette région est la coexistence pacifique entre les groupes, depuis des siècles. C’est le moteur des échanges économiques », a-t-il dit, ajoutant que « le respect, la solidarité, et le partage entre les communautés, sont un ciment de l’Afrique de l’Ouest ».

Les divisions, les cycles de représailles meurtrières sont justement ce que recherchent les extrémistes : la rupture de cette cohésion sociale, et nationale, a prévenu le Représentant spécial. « Cela fait partie de leur stratégie ».

Le chef d’UNOWAS estime qu’il y a désormais un besoin de dialogue, de rapprochement et de justice au Sahel, pour retrouver l’équilibre traditionnel. « Il y va de l’avenir de cette région », a-t-il dit, soulignant que les gouvernements et les acteurs locaux doivent se mobiliser dans cette optique.

« Nous savons que l’action militaire seule ne pourra pas éradiquer le poison de la menace terroriste », a dit M. Chambas. « L’engagement des gouvernements et le soutien de la communauté internationale sont tout autant déterminants pour changer la donne et replacer la sous-région dans une dynamique de développement et de stabilité durables », a-t-il ajouté, précisant que les Nations Unies, à travers la Stratégie Intégrée pour le Sahel et le Plan de soutien resteront engagés pour aider les pays du G5 Sahel.

Elections au Sénégal et au Nigéria

Face au sombre tableau sécuritaire, M. Chambas a souligné face au Conseil de sécurité que l’Afrique de l’Ouest connait aussi des avancées positives.
« Au cours des six derniers mois, des élections présidentielles ont été organisées avec succès au Mali, des élections régionales et parlementaires ont été organisées en Mauritanie et au Togo, et des élections locales ont été organisées en Côte d’Ivoire »
« Cependant, malgré des progrès appréciables dans la consolidation de la démocratie dans la région, des efforts continus sont nécessaires pour résoudre les litiges liés aux élections, afin de prévenir et d’atténuer les violences liées aux élections, ainsi que de soutenir le dialogue inclusif en tant qu’élément clé de sociétés inclusives. Ceci est d’autant plus important qu’au cours des six prochains mois, plusieurs élections à fort enjeu seront organisées au Nigéria, au Sénégal, en Mauritanie et au Bénin »

Le chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), a en particulier noté que les tensions au Nigéria étaient élevées avant les élections présidentielle et législatives du 16 février et les élections des gouverneurs et des assemblées des États du 2 mars.

« Le prochain cycle d’élections dans la région constituera un test décisif pour la consolidation des acquis démocratiques. La création d’un environnement propice au plein respect des droits de l’homme sera essentielle au succès de ces élections et à la préservation de la stabilité dans la région », a-t-il dit.

Situation sécuritaire instable au Sahel

La situation sécuritaire reste également instable au Sahel. Au Burkina Faso, l’état d’urgence a été déclaré dans sept des treize régions du pays, au nord, à l’ouest et à l’est, dans le contexte d’une recrudescence des incidents de sécurité. Malgré la mobilisation de masse, les forces de défense et de sécurité au Niger continuent de faire face à des défis à l’ouest et au sud. « La multiplication des attaques et des enlèvements par des groupes extrémistes accroît les risques pour la sécurité au Niger, au Bénin et au Togo »

Selon l’envoyé de l’ONU, l’insécurité croissante impose un lourd fardeau aux gouvernements de la région, dans un contexte de forte croissance démographique et de recrudescence du chômage des jeunes. Les mesures d’austérité économique, y compris l’élimination des subventions sur les articles de première nécessité dans certains pays, ont également exacerbé les tensions sociales.

Dans ce contexte, un soutien plus important est nécessaire pour faire progresser les efforts de stabilisation au Sahel. On rappelle que 2,4 milliards de dollars sont nécessaires pour financer le plan d’investissement prioritaire du G-5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), présenté le 6 décembre à Nouakchott.